Végane au Sénégal pendant la fête de TABASKI

J’ai grandi avec la tradition du sacrifice du mouton durant l’Eid el-Kebir.

Nous avions la chance d’avoir un jardin dans notre logement de fonction, c’est là que mon père procédait au sacrifice du mouton à l’aube.

Je n’ai jamais osé regarder l’acte en lui-même mais j’observais mon père, et je captais dans son regard toujours un grand respect et une forme d’humilité vis-à-vis du mouton à qui il allait ôter la vie. Il récitait ses prières justes avant. Pas de forme de satisfaction mais plus celle d’un devoir à accomplir.

Dans la cuisine, il y avait des bassines pour recevoir les abats d’un côté et la viande de l’autre. Ca c’était le travail de ma mère accompagnée de tantes.

Mon père ne gâchait rien du mouton. C’était un spécialiste de la préparation des tripes.

Si enfant j’étais une grande adepte de la dégustation de la tête de mouton dominicale – une tradition culinaire de Tombouctou dont est issus mon père – Ca les tripes, ça me dégoutait. Rien que l’odeur encore fraîche des intestins m’insupportait.

J’aime bien démarrer mes interventions en public par cette histoire de tête de mouton car ça montre que TOUT est possible dans la vie. Et oui aujourd’hui je suis végane moi la plus grande carniste de la famille.

En arrivant au Mali, la présence et les bêlements des moutons dans les cours des concessions sont devenus quelque chose de naturel pendant les fêtes religieuses…

J’avais un oncle qui possédait un domaine fruitier et une ferme à Koulikoro à une soixantaine de kilomètres de Bamako. Là-bas j’assistais à toutes les étapes de dépeçage du mouton.

Pendant la majeure partie de ma vie donc, j’ai donc naturellement associé l’Eid el-Kebir appelé Aïd al-Adha dans le monde musulman et rebaptisé « Tabaski » au Sénégal, au sacrifice du mouton ou à minima d’en manger. Et j’ai intégré cela comme une évidence. Quelque chose de non négociable.

Et pour cause, l’Eid el-Kebir commémore la foi du prophète Ibrahim à son Dieu symbolisée par l’épisode où il accepte de sacrifier son fils à Dieu. Mais juste avant le sacrifice l’ange Djibril substitue à l’enfant un mouton en guise d’offrande sacrificielle.

Et c’est en souvenir de cette dévotion que les musulmans sacrifient un animal (mouton, chèvre ou bœuf) selon certaines règles notamment de respect envers l’animal : « Certes Allah a prescrit l’excellence dans toute chose. Ainsi lorsque vous tuez, tuez de manière parfaite et si vous égorgez, égorgez de manière parfaite. Que l’un de vous aiguise son couteau et qu’il apaise la bête qu’il égorge ».

Durant la Tabaski, la générosité et la solidarité envers les plus démunis doivent être mises à l’honneur : « De toute cette viande de mouton, il n’y a que ce que l’on donne qui profite : ce que l’on a mangé est avalé, ce que l’on a donné est profitable ».

 Autrement dit, il est plus profitable de donner (à manger entre autres) aux autres que de nourrir une ou deux familles avec un mouton.

Le sacrifice du mouton donnait également l’occasion à des personnes de se faire une réserve de viande pour l’année. 

Or comme toutes les fêtes religieuses, l’Eid el-Kebir n’échappe pas à la pression sociale, aux dérives mercantiles et aux excès en tout genre pour ne pas dire gâchis interdit par la religion (mais cela n’est pas propre qu’à la religion musulmane, Pâques et Noël n’y échappent pas).

Il faut avoir le plus gros mouton ou un mouton tout court pour être considéré comme un bon musulman quitte à emprunter de l’argent et à s’endetter. Combien de fois n’ai-je pas entendu « Alors tu as ton mouton ???» alors que l’Eid el-Kebir est censé être l’affaire de la bienveillance à l’égard des autres et non de la possession.

On s’éloigne bien trop souvent de la spiritualité et on expose ses moyens à la taille de la « bête » qui trônera dans la cour quelques jours avant le sacrifice matinal quitte à offenser les plus démunis ce qui est aussi interdit dans la religion.

Rappelons que si le sacrifice du mouton (Udhiyah) est une action recommandée, elle n’est pas une obligation.

Les deux fidèles califes eux-mêmes Abu Bakr et Umar Ibn Al Khattad – que Dieu soit satisfait d’eux – n’accomplirent pas de sacrifice de peur d’être suivis par les gens dans cette tradition.

Et c’est effectivement ce qui se passe aujourd’houi.

Acheter un mouton est devenu une injonction.

Or en dix ans, le prix moyen d’un mouton est passé de 80’000 Fcfa à 140’000 Fcfa avec des moutons allant jusqu’à 1 million de Fcfa comme Professeur, ce beau mouton Laadoum pris en photo.

Un prix conséquent pouvant permettre de nourrir beaucoup de bouches si on se focalise sur des aliments de base tels que les légumineuses et les céréales locales qui apportent de protéines et fibres.

Il n’y a rien de mal à ne pas offrir de sacrifice animal. Les pratiquants sont invités à se concentrer sur d’autres formes de sacrifice comme des actions d’aumônes touchant le plus grand nombre.

Autrement dit le prix et le sacrifice d’un mouton peuvent être remplacés par le fait de nourrir beaucoup de nécessiteux avec des plats sains à base de plantes par exemple, de donner l’argent directement à des œuvres caritatives, de faire le don de soi (en temps ou en dons de sang par exemple) ou de se concentrer sur d’autres formes de sacrifice comme l’appel au traitement bienveillant à l’égard des humains et des animaux.

« J’ai échangé quelques mots avec un jeune venu vendre les 48 moutons de son frère, éleveur à Kaolack. Le moins cher s’évaluait à 120’000 Fcfa. Et le plus gros, un beau mâle de près d’un mètre de hauteur valait 1 million de francs CFA.

Avec plus de 94% de musulmans le Sénégal est le pays le plus islamisé d’Afrique noire. La majorité de la population musulmane s’identi­fie aux quatre confréries principales : la Quadrya, la Tidjanya, la Mouridya et les Layeniyya.

A l’époque du chemin de fer Dakar – Bamako, les moutons venaient essentiellement du Mali. Maintenant de nombreux Sénégalais se sont lancés dans l’élevage de moutons, un business très lucratif et particulièrement avec les Laadoum (ces magnifiques mâles reproducteurs pouvant coûter de 40 à 50 millions de Fcfa). Il y a même des bergeries modernes équipées d’enclos ventilés et sécurisés.

Mais revenons à nos moutons…

Chaque année donc, les éleveurs débarquent dans les centres villes et réquisitionnent tous les espaces libres des zones urbaines pour y installer leur petit campement avec leur cheptel. Là pendant plus d’un mois humains et animaux vont se côtoyer et cohabiter. Les moutons ont à boire et à manger, vivent leur life en société, sont lavés chaque jour, bref on est loin de la vie des animaux d’élevages intensifs… Mais l’issue est tristement la même.

A l’occasion de la Tabaski, c’est près d’un million de moutons qui sont sacrifiés sur l’ensemble du territoire. Et dans ce contexte moderne, l’abattage massif d’animaux au même moment induit de nombreux problèmes environnementaux, sanitaires et de salubrité dans un pays qui n’est équipé ni d’égouts ni de stations d’épuration ni de centres de traitement des déchets.

Les semaines qui précèdent la fête, sols, eau et ressources sont monopolisés pour le bétail. Les jours qui suivent, abats, déchets et sang polluent les sols, la nappe phréatique et la mer.

Imam Talha Taskinskoyx durant le Green Islam Summit, Istanbul avril 2024

Lors de mon séminaire avec le Green Islam à Istanbul j’ai rencontré des activistes véganes du monde musulman. L’occasion d’être convaincue que véganisme n’est pas antinomique d’islam.

La rencontre avec un imam végane, défenseur des animaux et antisexiste en la personne de Imam Talha Taskinsoyx m’a définitivement reconnectée avec une spiritualité qui me correspond pleinement.

Lui et les nombreux autres activistes présents ont fini de me convaincre que la religion musulmane prône le respect et la protection à l’égard des animaux et qu’il n’y a rien de mal à ne pas offrir de sacrifice animal pendant l’Aïd el-Kebir.

Les périodes de fête associées au sacrifice d’animaux peuvent être éprouvantes pour beaucoup de véganes et défenseurs de la cause animale.

Alors que la Tabaski est une célébration majeure, une grande fête où on retrouve la famille très souvent dans les régions, je ne peux pas m’empêcher d’être accablée par le sort irréversible de ces animaux sentients que je côtoie tous les jours pendant des semaines au bord de la route.

Je vois défiler en quelque sorte à ciel ouvert le destin des 4 milliards d’animaux tués chaque année dans le monde et qui finissent dans nos estomacs (très souvent à la poubelle aussi) à la différence que les moutons de Tabaski vivent une vie bien plus supportable avant leur mort que leurs congénères enfermés dans les usines qui ne voient pas la lumière du jour.

C’est ce qui est sans doute le plus cruel. Leur innocence mêlée à leur destin connu et commun.

A la veille de la fête, chacun de ces moutons aura été vendu. Ils seront séparés les uns des autres. Transportés dans un pick-up dans le meilleur des cas, parfois sur le toit d’un Ndiaga Ndiaye roulant à vive allure si ce n’est pas sur une moto pour terminer dans une cour de maison avant d’être égorgés et se retrouver quelques heures à peine dans de grands plats de riz ou de couscous.

Séparé de ses congénères. Tout seul sur cette terrasse. Sous un soleil de plomb. Accroché à la patte, ne pouvant se mouvoir. Seul face à l’interminable attente.

Ses bêlements ont le goût de l’incompréhension et de la solitude. De cette mort irréversible.

L’an passé j’ai observé durant tout un week-end le beau mouton mi-noir mi-blanc dans la maison en face de chez moi. Il était tellement grand et majestueux que j’ai eu cette naïveté à mon grand âge qu’il ne serait pas sacrifié au petit matin. Allez savoir pourquoi j’ai pensé ça.

Le lendemain, la place était vide, les gens de la maison avaient déjà passé la cour à grands jets d’eau.

J’ai fondu en larmes comme une gamine.

Je pleurerai encore et encore à chaque fête de Tabaski.

Sama Professeur ❣️.

Si vous souhaitez plus d’informations sur le sujet véganisme et islam, je vous invite à visiter la page de la Middle East Vegan Society.

(c) Green-inception.com

Nebeday – Never Die

Aussi surprenant que cela puisse paraître je n’avais pas encore écrit d’article sur le moringa, un aliment qui pourtant fait partie de ma routine alimentaire depuis plus d’une décennie, que j’affectionne tout particulier pour ses qualités nutritionnelles et gustatives et que je consomme sous absolument toutes ses formes.

Le Moringa oleifera est un arbre à croissance rapide, résistant à la sécheresse et qui pousse dans les zones tropicales (Inde, Sri Lanka, Madagascar, Tchad, Cameroun, Sénégal). Il peut atteindre une hauteur de 10-12 mètres pour un diamètre du tronc de 45 centimètres.

Le terme anglophone « never-die » serait lié à la capacité de ses pousses desséchées à reverdir dès les premières pluies. Mais en vrai, le nebeday (son appellation au Sénégal) est véritablement un arbre de vie.

Car tout est bon dans le moringa : les graines, les feuilles, les fleurs, l’écorce. De manière générale le moringa est réputé pour être un superaliment, un antioxydant puissant et un excellent complément nutritionnel. Il lutte contre l’anémie, le rhume, la fièvre, il est riche en protéines et oligo-éléments. On lui attribue aussi des propriétés antibactériennes, régulatrices par rapport à la glycémie, énergétiques, neuroprotectrices.

Au Sénégal, c’est très facile de le trouver dans les terrains vagues (pour ce qu’il en reste à Dakar) ou de le faire pousser dans son jardin.

En ce qui concerne les producteurs, il y a d’abord l’association éponyme Nébeday qui oeuvre entre autre pour la restauration de la mangrove et qui a mis en place des filières de valorisation des ressources naturelles dont le moringa. Maam Nature est l’entreprise éco-sociale de Nebeday qui vend les produits finis (poudres, graines et huile). Vous les retrouverez aux marchés mensuels organisés sur Dakar (Galsen Market notamment) ou à la boutique des Almadies.

On trouve aussi le moringa en poudre, en tisane et parfois en feuilles dans les supermarchés type Auchan et EDK.

Enfin dernièrement je me suis rendue chez SIYAH Organics à Warang, une très belle herboristerie qui a son site de production de plantes médicinales à Mbodiène. Sur place vous pourrez vous procurer en moringa sous forme de tisanes, vrac, graines et même gélules !

Les feuilles de moringa ont un goût un peu amer et piquant qui peut facilement être adouci dans un jus ou un potage. Moi je le mets à toutes les sauces, aussi bien dans du salé que du sucré.

Personnellement j’adore me faire des tartines à l’avocat avec un filet d’huile d’olive le tout soupoudré de moringa et d’algues du Pêcheur. Hmmm quel délice !

Feuilles de moringa

Les feuilles

Les feuilles fraiches de moringa se consomment en tant que légumes comme des épinards. Elles sont hautement nutritives : riches en vitamines (B1, B2, B3, B5, B6, B8, B9, A, C, E), en minéraux (potassium, calcium, magnésium, fer, manganèse, sélénium) et en protéines. Elles contiennent des acides aminés essentiels mais aussi du potassium, du manganèse et du fer.

La poudre de moringa

Il s’agit des feuilles séchées puis réduites en poudre. On peut l’utiliser comme épices en cuisine dans les plats salés mais aussi dans les smoothies, les jus, les porridges. Tout comme les feuilles fraiches, on peut aussi la consommer en tisane.

Les graines

Elles ont une teneur élevée en vitamine C, fer et calcium. Elles ont des propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires. Le goût peut être ambivalent et surprenant au prime abord, entre amertume et sucré ! Il est recommandé de ne pas dépasser 10 graines par jour. La graine en poudre agit en tant que floculant et donc permet de purifier l’eau.

Graines de moringa

L’écorce

L’écorce de moringa est anti-inflammatoire, antibactérienne et antifongique et est également utilisée pour améliorer la digestion et renforcer le système immunitaire. On peut aussi l’utiliser comme base de condiment proche du raifort ou du wasabi.

Les fleurs

On les consomme en tisane pour les propriétés générales du moringa mais aussi pour la récupération musculaire, la détoxification de l’organisme et le traitement de l’anémie. Elles seraient aussi aphrodisiaques !

Et bien sûr, il y a l’huile du moringa produite à partir des graines, excellente pour la peau et les cheveux, mais ça je vous en avais dejà parlé dans un autre billet.

Assez parlé des vertus du moringa, elles ne sont plus à prouver comme vous pouvez le constater, place aux recettes !

Je vous partage ici ma recette de miel de moringa.

Miel de Moringa

Miel de fleurs de Moringa

Dans la famille Moringa, je demande les fleurs 🌼 !
Après les feuilles que j’utilise en tisane, la poudre de feuilles en condiment, les graines boostantes, l’huile pour ma peau et mes cheveux, je me suis dit qu’il fallait exploiter les fleurs (en dehors des infusions que j’aime beaucoup).

Alors en période de grippe ou d’état fébrile, quoi de mieux qu’un sirop de moringa hyper parfumée et régénérant ?

A l’instar du miel de pissenlits, je vous propose ma recette de cet elixir que je préfère nommer sirop compte tenu de sa texture.

Il est délicieux et vous pouvez l’utiliser partout en lieu et place du miel, du sirop d’érable ou d’agave : dans vos infusions ou vos boissons, en glaçage dans vos pâtisseries, dans vos porridges,… Vous bénéficierez en plus des nombreuses vertus qu’offrent le Moringa (lutte conrre l’anémie, le rhume, la fièvre, riche en protéines et oligo-éléments).

Recette du Miel de Moringa

Ingrédients :
🔸️ 50 g de fleurs de Moringa fraîches ou séchées (je m’en procure chez @maamnature)
🔸️ 1,3 L d’eau
🔸️ 700 g de sucre
🔸️ 1 citron
🔸️ 1 bout de gingembre

Recette :
🔸️ Rincez vos fleurs et mettez les à bouillir dans l’eau avec le citron et le gingembre.
🔸️ Laisser cuire à couvert pendant 1h.
🔸️ Au bout d’1h, filtrer et ajouter le sucre.
🔸️ Laisser cuire à nouveau entre 45 min et 1h, jusqu’à ce que le mélange brunisse mais ne caramélise pas.
🔸️ Verser dans des pots stérilisés.

Je vous invite aussi à tester une recette traditionnelle sénégalaise à base de feuilles de moringa, le Thiéré ak Mboum (couscous aux feuilles de moringa), un plat traditionnel à base donc de couscous de mil, de feuilles de moringa et de poudre d’arachide appelée no flaye. S’il se mange souvent avec du poisson ou de la viande, ce plat n’a pas besoin de protéines animales puisque les feuilles font largement le job.

Alors j’espère que maintenant vous allez inclure dans votre quotidien du moringa pour faire du bien à votre santé et épicer votre vie !

Ma mode végane & responsable

Il y a maintenant bien longtemps que j’ai délaissé les achats compulsifs, les soldes et autres enseignes de consommation de masse.

Je suis une environnementaliste avant tout. Bien avant d’avoir franchi le pas du véganisme. Une écocitoyenne de la première heure. Je n’ai pas attendu que cela devienne mainstream pour réaliser que je me sentais mieux dans un modèle de décroissance, sobre, simple, minimaliste.

En 2012, quand je suis tombée sur le livre « Zero Waste Home » de Bea Johnson, j’ai directement adhéré au concept du « declutter ». Vivre désencombré.e pour vivre mieux et se sentir mieux. Ne pas se polluer l’espace ni l’esprit au contact d’objets inutiles si non futiles. Je n’ai jamais perçu cette transition comme douloureuse car cela allait de pair avec ma vision du monde.

Puis je suis devenue végane en 2016 en prenant conscience qu’il n’était pas normal d’exploiter et de tuer les animaux pour se nourrir, se vêtir, prendre soin de soi et se divertir. J’ai alors découvert un autre mode de consommation respectueux des animaux mais pas toujours cohérent avec mes precepts écologiques et anticapitalistes.

J’ai alors réalisé que je me situais à une interconnexion, une intersection beaucoup plus complexe mais aussi beaucoup plus en harmonie avec ma vision d’un monde plus juste, plus équitable et plus solidaire envers les animaux, entre humains et pour la planète.

En écoutant le numéro de mon podcast préféré Kiffe Ta Race intitulé « véganisme, écoféminisme, des trucs de Blanc.hes…? » (co-animé par ma très chère Rokhaya Diallo), j’ai connecté direct quand Grace Ly a mis en comparaison le fait de remplacer tous ses objets en cuir tout en maintenant un train de vie capitaliste versus le fait de s’evertuer à consommer différemment en s’intégrant à l’ensemble de l’écosystème. Ce à quoi j’aspire au quotidien.

C’est là que ma vision s’éloigne du végane basique qui n’a pour seuls critères de sélection l’éthique animale. Et comme je le dis souvent il y a autant de véganes que d’omnivores. Je me souviens que la première impression du monde végane que je me suis faite n’était pas très reluisante : je m’étais rendue au VeggieWorld à l’automne 2016 et j’avais découvert avec grand étonnement tout un tas de produits industriels exempt de tout produit animal certes mais composés de tout un tas de produits chimiques et suremballés. Je m’étais dit quel intéret ?

Puis au fur et à mesure, j’ai réintégré le véganisme dans mon propre univers et dans ma propre philosophie bien plus globale : consommer sain et simplement, valoriser les produits et l’artisanat locaux, éviter les plastiques inutiles, mais aussi ne pas chercher à tout prix cette « perfection » qui rend la vie dingue parfois. Un peu comme parcourir 30 km de route et brûler du pétrole pour trouver LE magasin en vrac !

Ma mode à moi rime avec éthique mais aussi avec responsable.

Concernant ma vision de consommation hors alimentation, je n’ai pas dévié de ma route malgré l’émergence de nombreuses marques véganes.

C’est un fait, il est maintenant beaucoup plus facile d’accéder à des vêtements et des accessoires sans matière animale et produits de manière éthique. Et c’est vraiment cool car on ne manque pas d’imagination, de recherche et d’innovation dans le milieu « végane ». En même temps je ne ressens aucune freinésie à me procurer de nouveaux articles juste parce qu’ils sont véganes et tendance. Je suis plus que jamais adepte de la seconde main, j’adore l’histoire qui se cache derrière les vêtements d’occasion et l’achat d’un article neuf est rare et quasi cérémonial chez moi.

Il m’arrive d’avoir un coup de coeur pour une belle paire de chaussures végane. Cette satisfaction de se dire, nous aussi on a NOS chaussures Adidas véganes, oui c’est plaisant. J’admire aussi les stylistes qui produisent à toute petite échelle et qui font travailler l’économie locale. Ils ont un talent fou et c’est une fierté de pouvoir porter une de leur création ou acquérir une de leur pièce.

Le sac Eloise Satchel de chez Angela Roi

Il y a deux ans, telle Amélie Poulain qui épie son Monsieur Quincampoix, j’ai flashé chez Aujourd’hui Demain (concept store végane à Paris) sur un magnifique sac en cuir végétal de chez Angela Roi couleur vert taupe.

Un sac à main beau, élégant, exempt de souffrance animale et qui n’a rien à envier à un Louis Vitton. La classe !

Chaque été, je partais voir le sac pour l’admirer un peu plus, en me disant, un jour peut-être je m’offrirai ce petit luxe.

Et puis cet été, j’ai décidé que c’était le bon moment, que j’avais envie de ce beau petit sac à mes côtés et que ce serait mon parfait cadeau d’anniversaire !

J’imagine que dans une société d’achats compulsifs, ce laps de temps que je me suis octroyer avant de procéder à cet achat, peut sembler fou.

Mais moi c’est ce monde que je trouve fou. Ce monde qui ne compte plus, dans lequel on possède beaucoup et où finalement peu de choses a de l’importance. Moi c’est dans ce temps de réflexion et de recul que je trouve mon équilibre.

Depuis lors, quand je me promène avec mon sac sur l’épaule ou à la main, il n’est pas rare qu’on me fasse la réflexion « mais ton sac c’est du cuir ça ?! ».

Pour moi la classe ultime, elle est là.

N’oubliez pas, impossible n’est pas végane !

Les Bonnes Adresses de Green Veg’Ana à Dakar

Mes courses de produits frais et d’épicerie à Dakar

Beaucoup de personnes me demandent sur Instagram si ce n’est pas trop difficile de trouver des produits adaptés à mon mode de vie de végane en vivant au Sénégal.

Eh bien, il faut savoir que quand on est végétalien, faire ses courses alimentaires c’est carrément plus simple : finie la queue chez le boucher, pas besoin de supporter les odeurs de poisson au port.

D’ailleurs je dois avouer que la première chose qui a facilité ma transition alimentaire a été de ne plus avoir à acheter de la viande. Chose que je n’ai jamais aimé faire. Pas plus que je n’aimais cuisiner la chaire animale. Sans concrétiser clairement cette gêne (de cuisiner des cadavres disons-le clairement) à l’époque, elle était réelle.

De la même façon il est beaucoup plus facile de faire des stocks de céréales et de légumineuses que de viande. Pas besoin de réfrigérateur.

Et justement Sénégal regorge de fruits, légumes, légumineuses et oléagineux. Et ça c’est plutôt cool. C’est vrai qu’il y a la saison de l’hivernage (d’août à novembre) pendant laquelle c’est le néant végétal, mais en dehors de cette période, on n’a pas à se plaindre.

Alors trouver de quoi s’alimenter quand on est végétalien au Sénégal est loin d’être mission impossible, encore faut-il avoir les bonnes adresses, celles qui respectent l’environnement, offrent des produits de qualité et participent à l’économie locale.

En arrivant à Dakar, j’ai dû réadapter ma façon de m’alimenter et de cuisiner, en laissant de côté le tofu à l’ail des ours (aïe dur, dur) et autres saucisses de seitan que j’avais l’habitude d’acheter dans mon magasin bio, au profit de légumineuses tout aussi riches en protéines.

S’adapter à ce que l’on trouve sur place demande une certaine flexibilité certes mais c’est surtout cohérent avec ses principes de limitation d’empreinte carbone.

Même si le Sénégal importe plus de 70 % de ses denrées alimentaires cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de producteurs locaux, que du contraire. Ces derniers ont la chance d’être de plus en plus mis en lumière par des entrepreneurs, qui font la promotion du bio et local.

Si le Sénégal a connu un boum dans l’implantation des supermarchés (très, très présents sur le territoire – à titre d’exemple une trentaine de supermarchés Auchan (pour ne citer qu’eux) se sont implantés ces cinq dernières années dans le pays – les modes de consommation sont en train d’évoluer, et dans un contexte de crise sanitaire du covid 19 où les gens sont très frileux de sortir faire leurs courses, ces entrepreneurs ont toute la latitude pour faire valoir leur démarche.

En ce qui me concerne, j’ai toujours favorisé les circuits courts et locaux, et voir ce panel d’offres de produits locaux se développer de mois en mois, est une bénédiction.

En dehors de cette satisfaction de contribuer à l’économie locale, à faire valoir le travail des agriculteurs/trices, on a une meilleure maîtrise de la chaîne de production.

Aussi je n’hésite pas à faire mes retours sur la qualité du service auprès de mes fournisseurs, et généralement, mes remarques sont prises en compte dans un soucis d’amélioration continue (comme l’arrêt des sachets plastiques par exemple).

Alors sans plus tarder, voici mes bonnes adresses à Dakar pour m’approvisionner en produits frais mais aussi en denrées sèches et épicerie fine et concocter tous les plats que vous pouvez retrouver sur mon compte Instagram. Je mettrai à jour cette liste au fur et à mesure de mes découvertes :).

Les fruits et légumes

– Le marché ASD de la coopérative Sell Sellal vend fruits (agrumes, mangues, papayes) et légumes issus de l’agroécologie. Quatre marchés par semaine se tiennent à Dakar (aux Almadies, au Point E et au Plateau). C’est un lieu incontournable pour moi depuis mon arrivée à Dakar, et vous ne dépenserez pas trop là-bas.

Manda Bio : si vous aimez les fraises comme moi, alors vous ne pouvez pas passer à côté de celles de Manda Bio tout simplement les meilleures (disponibles de février à début juin) spécialisé aussi dans l’agroécologie. Leur ferme principale se trouve à Bayakh et l’entreprise travaille avec une coopérative de petits producteurs bio vers Thiès, Sebikotane et Keur Massar. Manda Bio propose également des herbes aromatiques, quelques agrumes et légumes verts. Désormais vous pouvez profiter de fraises et des mangues toute l’année grâce aux surgelés proposés par Manda Bio.

Eco Marché de Dakar : J’ai découvert les paniers bio de la Bertha Market pendant le confinement. Alors que j’étais une habituée de l’ASD, j’ai été conquise par le service de livraison et le sérieux de cette petite entreprise sénégalaise qui travaille avec des producteurs issus d’associations bio comme BioDialaw et la Fédération des Agrospasteurs de Diender. La Bertha Market s’est associé à La Calebasse Verte et 226 Distribution & Services pour proposer un plus large panel de produits frais et bio chaque samedi de 9H à 15H à La Maison de Céline. C’est devenu mon RdV du WE incontournable !

Le Groupe Nomade est une entreprise spécialisée dans la distribution de fruits et de légumes certifiés BIO. Elle travaille en partenariat avec la Fédération Nationale pour l’Agriculture Biologique et garantie ainsi une disponibilité en fruits locaux, de saison quasi tous les jours en provenance de la zone des Niayes. J’adore l’idée de contribuer à l’activité de près de 250 producteurs dont 42 % sont des femmes ! Le petits +: un accès facile pour commander via Whatsapp et des produits livrés dans de jolis paniers !

Taaru Askan : cette association travaille avec les communautés locales et les jeunes pour fournir un modèle de développement en matière de pratiques écologiques, de promotion des énergies renouvelables et d’agriculture. Leur culture phare est le fameux choux kale aussi connu sous le nom de choux frisé extrêmement riche en propriétés nutritives et produit chouchou des véganes.

Agroponic : cette entreprise récemment installée au Sénégal, produit plusieurs sortes de salades grâce à un système hydroponique sous serres située dans le village de Bayakh. Ceci dans l’optique de permettre aux Sénégalaise.e.s d’avoir de la verdure à croquer toute l’année ! D’autres légumes (courgettes, concombre, pousse de soja,…) seront prochainement commercialisés en attendant la certification.

Pour vous ravitailler en « Greens » et en tofu, une adresse à retenir à Dakar : l’American Food Store où ces deux structurent livrent une à deux fois par semaine.

Les épiceries

Nature Attitude, la caverne d’Ali Baba du bio à Dakar. J’y achète notamment mon gluten pour fabriquer du seitan, du véritable savon de Marseille ou encore mes brosses à dent en bambou. Vous trouverez là-bas tous les essentiels de l’alimentation végétalienne des graines en passant par les farines sans gluten, un large panel d’huiles essentielles et de compléments alimentaires.

Le Paradis du Bio situé au dernier étage du centre commercial Sea Plaza. C’est le pendant de Nature Attitude, très pratique pour celles et ceux qui vivent à l’autre bout de la corniche (côté Fann, Almadies, Ouakam). Vous y trouverez exactement les mêmes produits au même prix et en bonus quelques beaux articles artisanaux de Tunisie. La gérante est très sympathique pour ne rien gâcher à la course !

Nature Et Oh ! est une petite boutique qui propose fruits secs, oléagineux et légumineuses en vrac. On y trouve également certains produits du genre tahini, laits végétaux ou boissons énergisantes.

Bulk Shop Dakar : vous cherchiez une épicerie en vrac à Dakar ? Bulk Shop Dakar l’a fait. Il est enfin possible de trouver de la farine, des pâtes, des légumineuses, des graines bio et même de l’huile au détail. L’essentiel des produits proviennent d’Italie mais vous y trouverez également un rayon de produits cosmétiques made in Sénégal et des tisanes locales comme l’Artémisia (complètement prise d’assaut en ce moment par les sénégalais!) ou le moringa.

Lulu Deli Market : Située à l’entrée de chez Lulu, cette petite épicerie offre une sélection de produits du terroir et locaux. Noix de cajou, confitures, chocolat Venko, sel du Lac Rose, vinaigres de bissap. J’y fais mon stock de pain au levain et pain de mie 100 % végétal (sans lait ni miel) fabriqué par Le Sucre Rit. Vous y trouverez également les produits frais de chez Passion Nature : pourpier, pousses d’épinard, mâche ou encore roquette.

Produits locaux

Noix de cajoux et arachides

SENAR Les Délices Lysa est leader de la transformation artisanale des arachides et des noix de cajou sur le marché sénégalais (cajoutella, nougats, beurre de cacahuète et de cajou). Leur nouvelle usine que j’ai eu l’occasion de visiter lors de l’inauguration se situe à Ruffisque. Vous pouvez retrouver leurs produits dans tous les supermarchés de Dakar, mais comme nous sommes de très grands consommateurs de cacahuètes et de noix de cajou, je fais de gros stocks et limite ainsi les sachets en plastique. A moi les cajoutiers (délicieux gâteau à base de poudre de cajou), le lait de cajou ou encore les cookies à l’okara d’arachide ! Hummmmm.

Poudre de Baobab et Arraw de manioc

J’ai suis tombée sur le stand du GIE Mun’al Gaïgui lors du salon de l’économie sociale et solidaire de Diamniadio. Soutenu par le Programme d’Appui au Développement Agricole et à l’Entreprenariat rural, leur arraw de manioc et leur poudre de baobab est d’une qualité irréprochable.

Contact : mariamadiawi@yahoo.fr / Tél. + 221 77 100 41 35

Vous avez la possibilité de leur laisser une boîte hermétique à chaque livraison si vous voulez éviter les sacs plastiques !

Tél. + 221 77 596 08 33

Avec les légumes bio, on n’est jamais au bout de nos surprises :D!

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Article mis à jour en le 12/02/2023.

Vis ma vie de végane dans un campement du Sénégal – Acte 1

On dit souvent qu’être végane c’est un frein à la vie en société.

Que ça n’encourage pas les collègues ou les amis à inviter à manger.

Et patati et patata.

Moi au contraire, je trouve que c’est un énorme moyen d’ouverture et de communication, à partir du moment où les hôtes sont bien informés en amont de la situation et qu’en tant que végane je prends les devants.

Pendant les fêtes de Noël, je suis partie me ressourcer dans le magnifique Siné Saloum, cette belle région du sud de la Petite Côte du Sénégal entre les fleuves Siné et Saloum.

Quel bonheur de pouvoir enfin m’extraire du tumulte et de la pollution de Dakar et de me retrouver au milieu de la nature…

Pour la toute première fois de ma vie de végane, j’allais me rendre dans un campement, totalement dépendante de la nourriture offerte par la maison.

Même si le séjour n’était que de deux nuits, j’avais pris soin de contacter les patrons afin de leur préciser mon régime alimentaire comme proposé sur leur page internet.

« Pas de viande, pas de crustacés, pas de produits laitiers, vous pouvez prévoir des plats à base de légumes, de niébé (haricots à œil noir qu’on trouve à foison ici au Sénégal), pâtes etc… ».

Comme je le fais systématiquement, j’ai glissé dans ma valise mon kit de survie : noix de cajou, dattes et tablette de chocolat noir 85 % (en cette période il ne fait pas aussi chaud au Sénégal!), et quelques végétranches rapportées de France par ma gentille maman.

Le premier soir, alors qu’on rejoint les grandes tablées, je me demande bien ce qu’on nous a concocté. De nature septique j’interroge la patronne qui me rétorque « normalement ça devrait aller ! ».

Voilà qu’on nous apporte le premier plat… il s’agit d’une macédoine de légumes enrobée de mayonnaise!

Face à ma mine déconfite, le patron vient à notre table s’enquérir. Finalement il nous fera des pâtes aux légumes (bah qui est très bien) mais pas sans s’adonner à des blagues anti-véganes douteuses du genre « bah alors tu les trouves où tes protéines?! », « tu vas pas aller loin avec tes légumes », j’en passe des vertes et des pas mûres.

Pour le dessert nous aurons droit à de la bonne pastèque pendant que les autres clients auront moults pâtisseries pas si digestes que ça.

Durant le petit déjeuner, je dois dire que mon kit de survie n’aura jamais autant bien porter son nom…

Sur la table trône une boîte vintage de Frosties de Kellogs (vous savez les corn flakes ultra sucrés), des yaourts, du beurre, de la confiture (ouf), du jus orange (j’ai pas dit du jus d’orange hein), du pain et du café.

Mais où sont les fruits ? Hahaha mystère et boule de gomme !

Bien décidée à faire de mon véganisme un prétexte pour manger équilibré, je demande au responsable de table, s’il veut bien m’apporter des fruits en remplacement des yaourts.

J’ai alors droit à une banane, une pomme (c’est ni local ni bio mais on chipote pas!) et un bout de pastèque. Youpie ! Il ne m’en faut pas plus pour me faire une salade de fruits express à laquelle j’ajoute quelques dattes, des noix de cajou et des pépites de chocolat, arrosé d’une tasse de kinkéliba (tisane locale), voilà qui me suffit pour être heureuse.

Après deux jours de pâtes non stop, je vais directement en cuisine demander au chef s’il n’est pas possible de nous préparer un ragoût de niébés (car je commence tout doucement à manquer de protéines).

Le soir venu, alors que nos voisins de table semblent affamés (en effet les portions sont assez minces, ils n’hésitent pas à chourer aux autres quelques rabes de steak semelle ou de cuisses de poulet), je découvre alors notre plat de niébé qui manque un peu de légumes. Malheureusement, cela va se solder en cuisant échec : les haricots n’ont visiblement pas été assez cuits, et comble, je tombe sur des petits cailloux preuve qu’ils n’ont pas été correctement rincés (de base on doit faire tremper les haricots toute une nuit donc c’était perdu d’avance).

A mon troisième repas sur cette île, il me tarde déjà de retrouver mes aliments et des plats simples et équilibrés.

Je ne pensais pas que cela pouvait sembler si compliqué de préparer des plats végétaliens sans chichi, mais visiblement les plats binaires comme je les appelle (poulet /frites, riz /poisson, pâtes/steak) sont des références qu’il est difficile de défaire.

Au final nous avons survécu à cette première immersion dans un monde frileux au véganisme, mais clairement je me dis qu’on aurait pu frôler la catastrophe si j’y avais été avec mes enfants.

Même en ayant préparé le terrain à l’avance, on est jamais à l’abri d’un fiasco alimentaire.

La prochaine fois, promis, je gérerai un max en amont, une femme avertie en vaut deux !